Texte source · démonstration

Appel 17

Thriller psychologique · quatre séquences d’ouverture · texte fictif

Ce texte a été créé uniquement pour démontrer le diagnostic narratif ciblé. Il ne correspond pas à un manuscrit client.

Séquence 1

À 2 h 17, le téléphone sonna sur la ligne d'urgence.

Nora Vidal venait de terminer son troisième café quand le voyant rouge s'alluma devant elle. Les appels de nuit avaient une texture particulière. Des voix trop basses, des silences trop longs, des gens qui chuchotaient comme si le danger pouvait les entendre à travers le combiné.

Elle ajusta son casque.

— Urgences, j'écoute.

Rien.

Nora regarda l'horloge murale. 2 h 17 exactement. À côté d'elle, Malik remplissait un compte rendu sans lever les yeux.

— Urgences, vous m'entendez ?

Un souffle. Puis une voix d'enfant.

— Oui.

Une petite fille. Huit ans, peut-être neuf.

— Comment tu t'appelles ?

— Emma.

Nora redressa le dos.

— D'accord, Emma. Est-ce que tu es en sécurité ?

— Je sais pas.

— Où sont tes parents ?

Le souffle devint plus rapide.

— Il est revenu.

Nora fit signe à Malik. Il poussa son fauteuil jusqu'à elle et brancha une oreillette sur la ligne secondaire.

— Qui est revenu, Emma ?

— Le monsieur.

— Quel monsieur ?

Un craquement sec retentit dans le combiné.

Nora afficha l'identification de l'appel. Numéro masqué. Localisation en cours.

— Emma, écoute-moi. Je vais envoyer quelqu'un. J'ai besoin que tu me dises où tu es.

La fillette hésita.

Puis elle donna une adresse.

Nora sentit sa main se figer sur la souris.

Douze rue des Tilleuls.

Malik tourna la tête vers elle.

— Ça va ?

Nora ne répondit pas.

Douze rue des Tilleuls.

Elle connaissait chaque fissure de la façade, chaque marche de l'escalier, le papier peint jaune du couloir, la porte de la cave qui grinçait même lorsqu'on la soulevait légèrement avant de la pousser.

Elle avait grandi là.

Et personne n'y habitait depuis presque quinze ans.

— Emma, répète l'adresse.

— Douze rue des Tilleuls.

Nora lança malgré elle :

— À Montfaucon ?

Silence.

— Oui.

Malik la regarda franchement cette fois.

La localisation de l'appel clignota.

ÉCHEC.

— Emma, dans quelle pièce es-tu ?

— Dans la chambre bleue.

Nora ferma les yeux.

Sa chambre.

Elle n'avait jamais été bleue. Pas vraiment. Son père avait peint un seul mur en bleu pétrole quand elle avait douze ans parce qu'elle avait vu la même couleur dans un magazine. Le reste était resté blanc faute d'argent.

— Est-ce que le monsieur est dans la maison ?

— Oui.

— Est-ce qu'il t'a vue ?

— Non.

— Tu peux fermer la porte ?

Un nouveau bruit. Cette fois, plus lourd.

Des pas.

Nora sentit son cœur accélérer.

— Emma, cache-toi. Ne parle plus. Fais juste un bruit si tu m'entends.

Un petit tapotement contre le téléphone.

Un.

Deux.

Trois.

Puis une voix d'homme, loin derrière.

— Emma ?

Nora cessa de respirer.

Le timbre était déformé par la distance et le téléphone, mais quelque chose remonta en elle avant même qu'elle puisse l'empêcher.

Un souvenir physique.

Une main lourde sur son épaule.

Une odeur de tabac froid.

Une voix qui disait son prénom depuis le bas de l'escalier.

Nora ?

Elle arracha presque son casque.

— Nora ? murmura Malik.

Dans le combiné, la fillette pleurait maintenant sans bruit.

L'homme parla de nouveau.

— Emma, je sais que tu es là.

Puis, très distinctement :

— Nora aussi.

La ligne coupa.

Séquence 2

La maison se trouvait à trente-sept kilomètres du centre d'appels.

Nora n'avait pas le droit de partir.

Elle le savait. Malik le lui répéta deux fois, puis une troisième lorsqu'elle enfila son manteau.

— Les gendarmes y vont. Toi, tu restes ici.

— Ils auront besoin de quelqu'un qui connaît la maison.

— Non. Ils auront besoin d'un plan et d'une adresse. Pas de toi en train de faire une crise dans leur périmètre.

— Je ne fais pas de crise.

— Tu trembles.

Elle regarda ses mains. Il avait raison.

Nora les enfonça dans ses poches.

— Il a dit mon prénom.

— Tu crois qu'il a dit ton prénom.

— Tu l'as entendu.

— J'ai entendu "Nora". Ça ne veut pas dire qu'il parlait de toi.

Elle eut un rire sec.

— Combien de Nora tu connais qui ont grandi au douze rue des Tilleuls ?

Malik se passa une main sur le visage.

Depuis cinq ans qu'ils travaillaient ensemble, il connaissait une partie de son histoire. La version courte, surtout. Celle que Nora racontait quand elle n'avait pas le choix : père mort dans un accident de voiture, mère partie vivre à l'étranger, maison vendue puis laissée vide après un contentieux de succession. Elle ne parlait jamais de la cave. Ni des mois précédant l'accident. Ni du fait qu'à dix-sept ans elle avait cessé de dormir sans lumière.

— Tu n'as pas remis les pieds là-bas depuis quand ? demanda Malik.

— Quatorze ans.

— Et tu veux choisir cette nuit pour régler ça ?

— Il y a une gamine à l'intérieur.

— Peut-être.

Nora le fixa.

— Qu'est-ce que ça veut dire ?

— On n'a pas localisé l'appel. Le numéro est masqué. On ignore d'où elle appelait.

— Elle connaissait la chambre.

— Toi aussi.

Nora retira lentement sa main de sa poche.

— Tu crois que j'ai inventé l'appel ?

— Ce n'est pas ce que j'ai dit.

— C'est exactement ce que tu as dit.

— J'ai dit qu'on devait laisser les gendarmes faire leur travail.

Le superviseur les observait depuis l'autre bout de la salle.

Nora comprit qu'il ne lui restait que quelques secondes avant qu'on lui ordonne officiellement de reprendre sa place.

Elle prit son sac.

— Nora.

— Dis que je suis malade.

— Tu es malade ?

Elle s'arrêta devant la porte.

— Cette nuit, probablement.

*

La pluie commença avant qu'elle ait quitté la rocade.

À 2 h 49, elle reçut un message de Malik.

PATROUILLE SUR PLACE. MAISON VIDE. AUCUNE TRACE D'EFFRACTION.

Nora relut la phrase trois fois.

Elle aurait dû faire demi-tour.

À la place, elle accéléra.

Le douze rue des Tilleuls apparut au bout d'une route bordée de peupliers noirs. Le quartier avait changé. Les anciens jardins avaient été divisés, des maisons neuves occupaient les terrains autrefois vagues, et le supermarché où sa mère achetait tout le samedi matin était devenu une résidence aux balcons gris.

La maison, elle, semblait avoir refusé de vieillir correctement.

Même façade claire.

Mêmes volets verts.

Même portail trop bas.

Un véhicule de gendarmerie était garé devant.

Nora coupa le moteur.

Pendant quelques secondes, elle ne bougea pas.

Son père était mort quinze ans plus tôt, une semaine avant Noël. La voiture avait quitté la départementale dans un virage à quatre kilomètres de là. Pas d'autre véhicule impliqué. Pas d'alcool. Pas de témoin. Les médecins avaient parlé d'un malaise ou d'un endormissement. Sa mère avait parlé de fatalité. Nora n'avait jamais cru ni l'un ni l'autre, sans pouvoir expliquer pourquoi.

Elle avait seulement une certitude absurde : les trois semaines précédant sa mort, son père avait eu peur.

Il vérifiait deux fois les serrures.

Il avait changé le code de l'alarme.

Il lui avait interdit d'ouvrir la cave.

Puis il était mort.

Et trois mois plus tard, sa mère avait quitté la France.

Nora sortit de la voiture.

Séquence 3

Le gendarme à l'entrée s'appelait lieutenant Besson et n'avait aucune envie de la laisser passer.

— Le centre nous a prévenus que vous pourriez venir.

— Évidemment.

— Vous devez repartir.

— Une enfant a appelé depuis cette maison.

— Une enfant a déclaré être dans cette maison.

— Elle connaissait une pièce qui n'est visible ni depuis la rue ni sur Internet.

Besson croisa les bras.

— Vous avez vérifié ?

— Vérifié quoi ?

— Qu'elle n'est pas visible sur Internet.

Nora ne répondit pas.

Il désigna son véhicule.

— Rentrez chez vous.

Une femme sortit de la maison. Gants noirs, veste de pluie, cheveux tirés en arrière.

— Lieutenant ?

Besson se retourna.

— Rien à l'étage. La cave est condamnée.

Nora sentit son estomac se contracter.

— Condamnée comment ?

La femme la regarda.

— Et vous êtes ?

— J'ai grandi ici.

Besson ferma brièvement les yeux, déjà fatigué d'elle.

— Adjudante Roux, je vous présente madame Vidal, opératrice au centre d'appels. C'est elle qui a reçu le coup de fil.

Roux observa Nora avec davantage de curiosité que d'hostilité.

— La porte de cave a été murée.

— Murée ?

— Plaques de béton cellulaire derrière la porte. Ça ne date pas d'hier.

Nora passa le portail.

Besson lui barra aussitôt le passage.

— Madame Vidal.

— Mon père utilisait cette cave tous les jours.

— Votre père est l'ancien propriétaire ?

— Oui.

— Depuis combien de temps la maison est-elle vide ?

— Elle n'est pas vide.

Les deux gendarmes la regardèrent.

Nora indiqua les fenêtres du premier étage.

— Le volet de ma chambre est ouvert.

Besson leva les yeux.

— Et ?

— Quand nous sommes partis, tout était fermé.

— Il y a quatorze ans.

— Quinze.

— Encore mieux.

Roux demanda :

— Qui possède la maison aujourd'hui ?

Nora hésita.

C'était une question simple. Elle aurait dû connaître la réponse.

— Ma mère, je suppose.

— Vous supposez ?

— La succession n'a jamais été complètement réglée.

Besson expira lentement.

— Donc quelqu'un peut avoir les clés.

— Peut-être.

— Un membre de votre famille ?

— Non.

— Un agent immobilier ?

— Non.

— Un voisin ?

— Je n'en sais rien.

Chaque réponse diminuait un peu plus la force de ce qu'elle était venue défendre.

Roux s'approcha.

— La petite fille a dit autre chose ?

Nora pensa à la voix d'homme.

Nora aussi.

— Non.

Besson la regarda.

— Le rapport mentionne qu'un homme a prononcé votre prénom.

Nora lança un regard vers Roux, puis vers lui.

— Alors pourquoi vous demandez ?

— Parce que j'aimerais savoir si vous avez reconnu cette voix.

Elle pensa à son père.

Impossible.

— Non.

Le mensonge sortit trop vite.

Roux le remarqua.

Besson aussi.

Mais aucun des deux n'insista.

— Nous avons fait le tour, reprit Besson. Aucune enfant. Aucune trace récente. La poussière au rez-de-chaussée n'a pratiquement pas été déplacée.

— Et l'étage ?

— Pareil.

— Je veux voir.

— Non.

— C'était ma maison.

— Ce n'est pas un argument juridique.

— Alors considérez que je peux vous aider.

— À quoi ?

Nora ne trouva pas de réponse.

Besson ouvrit la portière de son véhicule.

— Rentrez chez vous, madame Vidal. Nous ferons remonter la demande pour identifier l'origine de l'appel.

Il monta.

Roux resta encore quelques secondes.

— La chambre bleue, dit-elle.

Nora releva la tête.

— Quoi ?

— Dans l'enregistrement. La petite parle d'une chambre bleue.

— Oui.

— Quelle fenêtre ?

Nora indiqua celle dont le volet était ouvert.

Roux regarda la façade.

— Elle est blanche.

— Aujourd'hui.

— Et à l'époque ?

— Un mur était bleu.

Roux resta silencieuse.

— Vous voyez ? dit Nora.

— Je vois surtout que quelqu'un connaît votre passé.

Puis elle rejoignit le véhicule.

Séquence 4

Nora attendit que les feux rouges disparaissent au bout de la rue.

Elle aurait pu appeler Malik.

Elle aurait pu rentrer.

Elle aurait pu attendre le résultat du traçage.

À la place, elle resta sous la pluie devant la maison.

Le portail n'était pas verrouillé.

Elle le poussa.

Le jardin sentait la terre mouillée et les feuilles mortes. Chaque pas faisait remonter des images qu'elle n'avait pas demandées : son père réparant la tondeuse, sa mère étendant des draps, Nora à neuf ans courant avec une raquette de badminton trop grande pour elle.

La porte d'entrée était fermée.

Elle sortit son téléphone.

Une partie d'elle espérait que Malik l'appelle et lui donne une raison de repartir.

L'écran s'alluma.

NOUVEAU MESSAGE

EXPÉDITEUR INCONNU

TU ES EN RETARD.

Nora ne bougea plus.

Puis un deuxième message apparut.

ELLE EST TOUJOURS DANS TA CHAMBRE.

Elle appela immédiatement le numéro.

Messagerie indisponible.

Elle captura l'écran et envoya les messages à Malik.

Trois petits points apparurent presque aussitôt.

PUIS :

NE RENTRE PAS.

Nora regarda la fenêtre du premier étage.

Le volet bougea.

À peine.

Un mouvement de quelques centimètres.

Elle recula.

Son premier réflexe fut rationnel : le vent.

Mais il n'y avait presque pas de vent.

Elle composa le numéro de Besson inscrit sur la carte qu'il lui avait donnée.

Avant d'appuyer sur appeler, elle entendit quelque chose derrière elle.

Un grincement.

La porte du garage venait de s'entrouvrir.

Nora resta immobile.

Elle se souvenait du mécanisme. Il fallait soulever légèrement la poignée avant de tirer, sinon la porte coinçait contre le sol.

Quelqu'un venait de le faire.

— Emma ?

Aucune réponse.

C'était stupide de parler.

Elle le savait.

— Emma, c'est Nora.

Le noir à l'intérieur du garage paraissait solide.

Elle activa la lampe de son téléphone.

Un établi.

Des étagères.

Une bâche grise.

La vieille armoire métallique de son père.

Tout était encore là.

Quinze ans.

Elle fit deux pas.

Sur l'établi se trouvait un téléphone portable.

Moderne.

Écran allumé.

Elle approcha.

Un enregistrement audio était ouvert.

Durée : 03:42.

Nora appuya sur lecture.

Un souffle.

Puis sa propre voix :

— Urgences, j'écoute.

Elle lâcha presque le téléphone.

L'enregistrement de l'appel.

Celui qu'elle venait de recevoir moins d'une heure plus tôt.

Elle avança jusqu'au moment où la fillette donnait l'adresse.

Douze rue des Tilleuls.

Puis la chambre bleue.

Puis les pas.

Nora appuya sur pause.

L'appareil vibra dans sa main.

Un message venait d'arriver.

NE COUPE PAS AVANT LA FIN.

Son cœur battait trop fort.

Elle relança.

La voix d'homme.

— Emma, je sais que tu es là.

Puis :

— Nora aussi.

La ligne aurait dû couper ici.

Nora le savait.

C'était ce qu'elle avait entendu au centre.

Mais l'enregistrement continua.

Deux secondes de silence.

Trois.

Puis la petite fille parla.

Très doucement.

— Elle ne se souvient toujours pas.

Une voix d'homme répondit, tout près du micro.

— Elle se souviendra.

Nora recula jusqu'à heurter l'établi.

L'enregistrement s'arrêta.

Sur le mur, au-dessus de l'ancienne armoire, quelqu'un avait fixé une photographie avec un morceau de ruban adhésif.

Nora arracha la photo.

Elle avait dix-sept ans dessus.

Son père était à côté d'elle.

Et entre eux se tenait une petite fille que Nora ne connaissait pas.

Au dos, une date.

18 décembre.

La veille de la mort de son père.

Et un prénom écrit au feutre bleu.

Emma.

FIN DE L’EXTRAIT

Revenir au diagnostic